Les amours d’été.
Voici une quelques petites nouvelles que j’ai écrites pour l’émission DESSINE-MOI UN ÉTÉ en 2019.
Je m’étais lancé le défi d’écrire des histoires d’amour qui seraient reliées entre elles. C’était la première fois que je m’aventurais dans un autre style que la poésie. J’ai beaucoup aimé la forme de la nouvelle. J’y retrouvais le côté court que j’aime de la poésie. Un souffle plus proche de moi.
HISTOIRE 1
La moiteur des bras de Hana colle fortement aux boites en carton qui semblent vouloir accoucher de leur contenu sur le trottoir. Car même si l’été a pris un temps fou à faire son entrée, une fois-là, il n’a pas tardé à monopoliser toute l’attention.
C’est donc, en cette fin du mois de juin, avec le gout du roteux de la fête nationale encore de travers dans la gorge qu’elle vide cet appartement où l’amour aurait dû, comme la peinture, avoir plusieurs couches pour tenir le coup. À peine un an dans ces lieux que déjà c’était l’heure de le quitter.
-Y a des choses dans mon frigo qui sont restées plus longtemps ensemble que mon couple, soupire Hana.
Peu importe, elle avait décidé de faire de cette rupture un évènement positif. Un genre de repartir à zéro!
Si Joe Bocan l’avait faite, elle le pouvait aussi.
Hana avait réussi à trouver un petit trois et demi encore abordable dans un quartier atteint depuis peu par la peste noire de la gentrification.
Tout près de son nouveau chez elle, une petite épicerie fine, un café 3e vague, une pizzeria pointe à une piasse, une boutique de linges vintage trop chers. Genre, une blouse du feu Greenberg qui s’imagine être en vitrine au Holt Renfrew. Mais le plus important, il y avait un petit bar sans nom, juste assez branché pour éclairer ses nuits de célibat à venir.
Assise sur les marches de la pizza fiesta, une pointe dans la main, Hana balaye la rue du regard. Ce samedi sous le soleil expose la faune bigarrée du quartier et c’est l’âme un peu plus légère qu’elle savoure ce début de saison.
- Haha, wow ça le mérite d’être claire !
Hana tourne sa tête et lève les yeux qui se perdent sur le ravissant visage d’un grand brun sortant du restaurant.
-Hein, c’est à moi que tu parles.
-Oui, je disais que ça le mérite d’être clair ton affaire.
Il pointe l’intérieur de l’avant-bras de Hana avec un petit sourire en coin.
Et, c’est en lisant ce qui est écrit sur sa peau, en marqueur noir, que Hana devient aussi rouge que la sauce tomate qui dégouline de sa pointe.
Le cœur lui fait trois tours et elle manque de s’étouffer avec sa bouchée.
-Ah merde! Non, non ce n’est pas ce que tu crois. Je viens de déménager, pis j’ai porté des boites toute l’avant-midi. La dernière c’était celle des cochonneries. J’ai dû la prendre avant que l’encre ait eu le temps de sécher.
- Haha, ok… j’avoue que je te trouvais très audacieuse, assise sur les marches d’une pizzeria un samedi après-midi avec « cochonne » d’écrit sur ton avant-bras!
Hana se met à rire nerveusement.
Un rire qui contient toutes les sortes de gênes qui l’habitent à ce moment-là. Celle de l’adjectif qualificatif involontairement inscrit sur sa peau, celle des tâches de sauce à pizza sur son tibia et celle de l’effet que ce jeune homme encore inconnu il y a deux minutes suscite chez elle.
Hana tente, en se levant, de déployer ses charmes, mais elle est consciente que le préambule à cette rencontre vient surement d’assassiner toute forme de séduction possible. Il ne lui reste que l’humour pour essayer de sauver sa peau.
-Salut, moi c’est Hana la cochonne malgré elle,
-Enchanté Hana, moi c’est Sam, l’insolent malgré lui.
Leurs yeux s’accrochent,les mains s’emboitent et le pouls s’accélère. Leurs rires se mêlent pendant qu’un grand frisson saisit Hana malgré la chaleur excessive.
L’excuse d’une table à monter et voilà que Sam se retrouve à être le premier invité à passer la porte de ce nouvel appartement.
-C’est cute.
Qu’il lui dit en faisant le tour des lieux du regard pour finir sur elle !
-Ah ça pour être cute, c’est très cute!
Qu’elle lui répond en le fixant sans gêne.
Et c’est dans cette minuscule cuisine dénudée que Sam se servit de sa langue pour effacer avec ardeur ce qu’il restait de marqueur et de vie de couple sur la peau d’Hana. La moiteur estivale habitant tout son corps, entre deux soupirs, Hana ne pu s’empêcher de sourire alors qu’elle repartait à zéro.