POÈMES SUR L’AVENUE MONT-ROYAL

L'été 2023, la Société d'histoire du Plateau-Mont-Royal et Odace Événements ont décidé de créer une grande fresque calligraphiée sur l'avenue du Mont-Royal avec des poèmes de plusieurs poètes qui avaient un lien avec le quartier. Les poèmes ont été peints au sol par l'artiste Monsieur Boz.

On m’a assigné 3 lieux. Le Parc Royal \ Bijoutrie J. Omer Roy / La Place Gérald-Godin


PARC ROYAL

Fiche historique préparée par Gabriel Deschambault de la Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal

À la fin du dix-neuvième siècle, les montréalais sont friands de parcs d’amusements et de lieux de passe-temps.  Une attraction très prisée est entre autres, celle des pistes de courses de chevaux.  De 1811 à 1930, on ne trouve pas moins que 7 pistes de courses de chevaux sur le territoire du Plateau.  Dès 1856, un champ de courses occupe un vaste emplacement entre Berri et Mentana et entre Saint-Joseph et le sud de l’Avenue du Mont-Royal.  Connu sous le nom de «Courses du Mile-End» il cesse ses activités en 1869.

Les chevaux et les amateurs se déplaceront ensuite plus au nord, au parc Decker, jusqu’en 1874, pour revenir sur un terrain plus petit entre Mentana et De La Roche et entre Mont-Royal et Gilford. C’est le Mount Royal Driving Park; qui deviendra le fameux parc Royal.

L’entreprise cause du souci en 1891, quand des promoteurs y importent toutes sortes d’activités qui s’ajoutent aux courses de chevaux.  Or le site doit être réservé exclusivement aux courses selon la réglementation.  On y propose maintenant des ascensions en ballon avec des acrobates qui terminent leurs numéros par des sauts en parachute ; des illuminations, de la danse et des jeux divers.  On y accueille également Louis Cyr et diverses pièces de théâtre ou soirées musicales.  La foule est heureuse et savoure ces amusements !

Mais toute bonne chose a une fin !  En septembre 1895, le parc d’attractions ferme définitivement ses portes.  La concurrence d’autres parc d’attractions ( comme le parc Sohmer ou le parc Dominion ); et surtout le désir irrépressible des promoteurs qui souhaitent développer les lots à construire, déjà lotis sur ce secteur, ont raison de l’existence du Parc Royal.   Les chevaux reviendront malgré tout courir au parc De Lorimier (futur parc Baldwin) en 1900.

Mademoiselle Karlettia ne fera plus d’acrobaties, ni de descentes en parachute.

 

 

PARC ROYAL

À cheval entre les époques

un mile après l'autre

tournez

encore et toujours

les chevaux

la course sans fin

sous les cris

les éclats et les paris

tournez chevaux

tournez.

 

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Il flotte sans cesse

le souvenir de l'ascension

ladies and gentlemen

at the Parc-Royal

il y a des femmes-oiseaux

et des hommes-canons.

 

--

 

Mademoiselle Kartella

s'envole dans son ballon

et revient à chaque fois

ses ailes de parachute

elle revient

brillante

marquée par le soleil

tel un rouge-gorge.

 

--

 

Un poids plus léger

la promenade libre

garçon-fille ou pas

fille-garçon

si l'époque veut s'alourdir

nous sommes

ensemble

Louis Cyr.

 

--

 

Je suis parc d'attraction

l'âme acrobate

oasis en ville

l'exubérance

comme une prescription

aussi festive

que les autres

ici

je peux rêver.

 

--

 

Je vois

les siècles

au-dessus de la haute

et de la basse couture

une vache aéronaute

 

ça goûte

la baie de genévrier

dans mon vin nature

un pique-nique aux notes

des chants d'ouvriers.

 

BIJOUTERIE J. OMER ROY





INCENDIE MAJEUR AVENUE DU MONT-ROYAL  /  J.O. ROY magasin centenaire  (rédigé par Gabriel Deschambault)

On pourrait presque dire que c’est un secteur chaud de l’avenue puisqu’on y recense entre autres deux incendies majeurs au fil du temps.

Le premier, qui est en fait une véritable catastrophe, a coûté la vie à cinq pompiers montréalais en 1950.  L’autre date de 1974 lors du mémorable week-end rouge de Montréal au moment de la grève des pompiers.  À ce moment, c’est tout l’angle nord-ouest du carrefour Papineau / Mont-Royal qui s’embrase en faisant disparaître trois commerces et plusieurs logements.

Dans le texte qui suit, je raconte un peu cette tragédie et donne quelques détails sur le commerce de J.O. Roy.

On vous parle aujourd'hui d'une tragédie qui nous ramène 63 ans en arrière (1950).  On s'en souvient en même temps avec une grande tristesse aussi, puisque 5 pompiers y ont laissé leurs vies.

Pour les gens qui dégustent aujourd'hui leur café au Second Cup, coin Mont-Royal et Marquette; ils peuvent se dire (ou s'imaginer) qu'ils se trouvent au beau milieu de ce qui était jadis ... un magasin de lingerie fine pour dames : le commerce de Mlle Bégin.  Ainsi, le grand type attablé au fond et qui se commande un café «bien corsé», ne sait peut-être pas qu'il est installé au beau milieu de ce qui était le rayon des corsets à baleines.  C'est ça l'évolution d'une rue commerciale; il y a des petites cachotteries comme ça.

Toutefois, au moment où fut prise cette photo, le 2 mars 1960, Mademoiselle Bégin a bien sûr d'autres préoccupations en tête; même chose pour les gens de la bijouterie J. Omer Roy.  Ils sont voisins et victimes, tout comme les nombreux commerces aux alentours, d'un violent incendie qui fait rage depuis le milieu de la matinée.  C'est une note moins drôle !

Le feu s'est déclaré à la chapellerie Charlebois, sise au 1660 Mont-Royal est.  Le vent d'ouest pousse le feu vers Papineau et embrase plusieurs édifices.  Cela rend la situation difficile pour les pompiers qui, dans cette alerte générale, combattent sur plusieurs fronts.  L'ampleur de l'incendie se traduit finalement par l'écroulement d'une structure, qui emporte avec elle sept pompiers, dont cinq perdront la vie.  C'est la pire tragédie de toute l'histoire du service des incendies de la Ville de Montréal.

Ces pompiers sont : Marius Létourneau, Erban Soucy et Eusèbe Loiseau, de la caserne 5; ainsi que Lionel Gariépy et Henri Robichaud, de la caserne 19.  Nous saluons ici leur courage et leur sens du devoir.  La prochaine chronique sera d'ailleurs consacrée aux cérémonies entourant l'événement.

Aujourd'hui, l'emplacement est occupé par un supermarché. Le lecteur peut constater que l'immeuble logeant le commerce de Mlle Bégin et celui de la bijouterie Roy est encore en place aujourd'hui.  On peut d'ailleurs toujours admirer l'impressionnante "enseigne au néon", comme on disait au moment de l'apparition de ce mode d'affichage, de la bijouterie Roy.  Il y a une trentaine d'années, la SIDAC Mont-Royal (société d'initiative et de développement des artères commerciales), ancêtre de l'actuelle SDAMR, avait réalisé un inventaire des dernières affiches lumineuses de l'avenue.  Un projet visait à préserver et mettre en valeur ces témoins des heures de gloire de l'avenue commerciale.  Le commerce J.O. Roy avait emboîté le pas et restauré la sienne; qu'il conserve précieusement depuis.

Une autre page de la longue et passionnante histoire de l'avenue du Mont-Royal ...  il y a plus d'un demi-siècle! 



 

BIJOUTERIE J. OMER ROY

 

Omer de l'allemand

Odo et Maro

riche et célèbre

Omer de l'arabe

Mar

le plus haut

 

ici tu es tout ça

riche, célèbre

et le plus haut

protecteur des marcheurs.

 

--

 

Il reste l'enseigne

l'enseignement

l'histoire

un néon à la fois

éclairer le passé

de père en fils

en fil devant ce qui brille

tout feu tout flamme.

 

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M. Roy

Moi aussi papa est bijoutier

aviez-vous des filles ?

les bijoux

aimaient-elles les faire

au lieu de les porter

leurs rêves envolés en fumée

pour laisser

la place aux frères ?

 

--

 

Le soleil est en pause

la rue fait des affaires

éclaire autre chose

la nuit gagne du terrain

il reste un repère

lève la tête

regarde là

le temps est Roy.

 

--

 

On change les façades

mais les os restent

charpente des temps d'avant

même le feu

n'arrive pas à tout éteindre

Comme l'or,

on se fond dans le décor

mais nous restons

éternellement

précieux.

 

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PLACE GÉRALD-GODIN

Ouf... cet endroit, cet homme et ce poème sur les briques de la bâtisse en face de la sortie de métro Mont-Royal sont très importants pour moi. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point j'étais honorée d'écrire des poèmes en réponse à celui de Gérald Godin et de la place qui porte son nom dans l'arrondissement que j'appelle mon quartier depuis plus de 20 ans.

Fiche historique préparée par Gabriel Deschambault de la Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal

En plein cœur du Plateau, au centre de l’avenue du Mont-Royal, la Place Gérald-Godin est venue se loger en 2000 tout autour de l’édicule du métro Mont-Royal qui s’ennuyait tout seul depuis 1966.

archive ville de Montréal

Avant que Montréal installe ce moyen de transport innovant, l’avenue du Mont-Royal continuait son bonhomme de chemin avec ses petits bâtiments commerciaux de deux étages, vestiges d’un autre siècle.  Il fallait d’abord faire de la place afin de procéder avec les travaux de creusage du tunnel

Avant de pouvoir se glisser dans les tourniquets, descendre jusqu’aux quais et écouter la petite ritournelle des rotors électriques des rames qui s’animent; il faut bien le construire ce fameux métro.

Qu’à cela ne tienne, une fois ces vieux commerces partis, on creuse la terre on fait un gros trou et on fait descendre les camions dedans,  Pouvez-vous imaginer les gros camions-bennes descendre fans ce trou !

Le premier édicule de la station Mont-Royal, alors que l’édifice de la Caisse Pop est toujours debout angle Berri, est bien timide, car on a pour lui de grandes ambitions !  La tendance urbanistique du moment est à vouloir densifier l’espace aérien des stations de métro.  On envisage donc des constructions au-dessus de l’édicule quiu pourraient avoir des conséquences fâcheuses sur les bâtiments patrimoniaux des alentours.  Il faut se souvenirque nous sommes ici au cœur du noyau institutionnel patrimonial du Plateau-Mont-Royal.

En mai 1999 le maire Pierre Bourque présente la maquette de la future Place Gérald-Godin.  On y voit un nouvel édicule de métro et un bosquet d’arbres, qui avait malgré tout fière allure, mais qui est aujourd’hui disparu.

 Avec son nouvel édicule, la Place Gérald-Godin nous présente également un volet poétique avec une œuvre de Godin et intitulée «Le Tango de Montréal ».  Ce petit poème est gravé dans la brique d’argile du mur mitoyen de la dernière maison de la rue Rivard avant de déboucher sur la Place.  C’est l’inauguration en août 2000.


TANGO DE MONTRÉAL

Sept heures et demi du matin  métro de Montréal

c’est plein d’immigrants

ça se lève de bonne heure

ce monde-là

 

le vieux cœur de la ville

battrait-il donc encore

grâce à eux

 

ce vieux cœur usé de la ville

avec ses spasmes

ses embolies

ses souffles au cœur

et tous ses défauts

 

et toutes les raisons du monde qu’il aurait

de s’arrêter

de renoncer

 

(Gérald Godin, Sarzènes, 1983)

 

LA PLACE GERALD-GODIN

 

Ton poème Godin

327 caractères de vérité

mes parents immigrants

327 caractères de poésie

un tango en écho dans le thorax

me dire ok j'ai ma place

mon cœur battant

au cœur de la tienne.

 

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 Café Noir

nuit blanche

ma job à l'envers

grouille d'insomniaques

et autres épaves

le premier train accoste

je plonge vers la terre mère

pour mon tour de l'île

au boutte de ton matin

ma nuitte.

 

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Sortir de la fourmilière

        souterraine

devenir cigale

chanter la belle saison

la rêverie comme métier

à qui la rue

à nous la rue

nos pas géants.

 

--

 

Ici

près de l'édicule

au milieu de la jungle

jours de canicule

je me prends pour

Pauline

élue de ton cœur

je deviens espiègle

une renarde

je rôde et te lis

me lie à toi.

 

--

 

Lors des longues

nuits d'octobre

je t'imagine

à l'embouchure du monde

te souvenir et t'en mêler

pour qu'on finisse

par savoir

ce qu'on fera enfin demain

 

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