Noël avec Étienne Coppée

Photo Charles-Antoine Marcotte

Coucou, j'ai eu envie de vous offrir, sur mon site, des textes que j'ai soit écrits, soit performés lors des Spectacles de Noël avec mon cher Étienne Coppée et le Coppée Band. J'ai l'honneur d'être la poète en résidence depuis le Noël 2023. C'est un immense bonheur que de terminer l'année avec une si belle brochette d'humains.

Ce texte a été écrit il y a plusieurs années, en 2017, en écho à toutes les violences en Syrie. Malheureusement, depuis, les guerres n'ont pas diminué. Je l’ai lu lors du spectacle de 2024.

 

Il est important de se rappeler que personne ne veut être forcé, par des actes de violence inouïe et répétés, de quitter sa maison, sa famille, son village. Mais quand des familles décident, peuvent, arrivent à partir car elles n'ont plus de toit, plus de sécurité possible, de jours de paix au calendrier, on se doit de les accueillir : c'est un devoir moral, humain. Aucun enfant, d'où qu'il vienne, ne mérite la mort comme enfance.

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Salima marche dans cette ville toute neuve

avec son sac à dos qui retrouve

cette légèreté du savoir à venir

elle part tous les matins

un pays sur la tête

un perron

où poser ses souliers

qui ont beaucoup trop voyagé

sa route a pour trame sonore

les rires enjoués des enfants du quartier

la cloche l'effraie de moins en moins

elle découvre qu'il existe d'autres sortes de sirènes

les rangs sont courts et la marche minime

les mines changent

son cœur est soulagé de reprendre le rythme de cette douce routine

qui l'ennuyait jadis

sa langue s'abreuve d'une autre musique

cette fois enneigée

ici

le monde se lit à l'envers

et les maisons restent à l'endroit.

Dans sa classe

où l'enfance est reine

les mirettes de Salima

scrutent tous ces nouveaux visages bigarrés

le calme est d'une beauté troublante

ici

avoir du plomb dans la tête

signifie être vif

et la plus violente sensation

que son corps appréhende est

ce froid impoli qui vient surprendre son cou.

ici dans la cour

les balles sont de neige

les cris de joie

les conflits amoureux

et les pertes se comptent en mitaines égarées

sur le chemin boisé du retour

le sac un peu plus lourd

mais l'avenir allégé

parfois Salima se croirait à Beyrouth, à Kiev, à Alep, à Gaza

entourée de tous ces pins blancs

elle joue au foot sans filet

avec les cocottes tombées au sol

une larme réfugiée au creux de sa menotte

Salima avance

protégée par ces arbres devenus ses grands frères

qui aujourd'hui la gardent en vie

à l'abri de tout vent

sous ce ciel

dont elle avait

si peur

avant.

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@Elkahna Talbi

Décembre 2024